Rakuten va fermer sa marketplace française d’ici à la fin de l’année 2026. La décision, révélée par Le Figaro puis confirmée par Maddyness, met fin à l’histoire de l’ancien PriceMinister, pionnier français du commerce en ligne fondé par Pierre Kosciusko-Morizet et racheté par le groupe japonais en 2010. 180 salariés sont directement concernés.
Ce qui s’est passé : un processus de cession contesté
Depuis avril 2026, Rakuten France cherchait un repreneur pour sa marketplace. Deux offres fermes ont finalement été déposées : l’une par Pixmania, startup française membre du FT120, l’autre par un fonds d’investissement étranger.
Selon une source proche du dossier, la proposition de Pixmania portait sur la reprise de l’ensemble de l’activité. Elle prévoyait de conserver environ un tiers des effectifs, soit une soixantaine de salariés.
Rakuten a rejeté les deux offres. La direction affirme avoir étudié chaque proposition selon trois critères :
- la préservation des emplois
- les conditions financières et les risques associés
- la capacité du plan de redressement à garantir la pérennité à long terme
« Aucune des offres ne remplissait ces trois critères », tranche la direction.
L’accusation de Pixmania : un processus biaisé dès le départ
Jean-Émile Rosenblum, CEO et cofondateur de Pixmania, ne mâche pas ses mots. « On peut légitimement se demander si le processus de vente était biaisé. On dirait que dès le départ, ils savaient qu’ils voulaient fermer l’entreprise en France plutôt que de la vendre. Nous pensons qu’ils se sont servis de nous pour pouvoir la fermer légalement. »
La logique derrière cette accusation : la loi Florange oblige toute entreprise qui veut fermer un site entraînant des licenciements à chercher activement un repreneur, examiner les offres reçues et apporter une réponse motivée à chacune. Cette obligation ne force pas à accepter une offre, mais elle impose de démontrer une recherche sérieuse.
Pixmania estime que Rakuten a utilisé ce processus légal comme couverture, sans intention réelle de céder l’activité. « À la dernière minute, nous avons assisté à un volte-face brutal que nous ne parvenons pas à expliquer », déclare Rosenblum.
Autre point de friction : Pixmania n’a jamais pu présenter directement son offre aux représentants du personnel. Le comité social et économique (CSE) de Rakuten France a rendu un avis défavorable sur les deux propositions de reprise, sans que Pixmania puisse défendre son projet en direct. « Nous n’avons à aucun moment eu accès au CSE de Rakuten France ni pu exposer directement notre offre aux équipes concernées », affirme le dirigeant.
Rakuten, de son côté, conteste fermement cette version. La direction assure que son intention « a toujours été de privilégier la cession à la fermeture » depuis la présentation du projet aux représentants du personnel le 7 avril 2026.
Le déclin de l’ancien PriceMinister en chiffres
Les données partagées par la direction racontent elles-mêmes une partie de l’histoire :
- -33 % de clients actifs sur dix ans
- -42 % de trafic sur la même période
La plateforme a subi de plein fouet la montée en puissance d’Amazon d’abord, puis d’AliExpress, Temu et Shein. Ces plateformes étrangères ont capté une part croissante du e-commerce européen, laissant peu de marge aux acteurs locaux de taille intermédiaire.
Rakuten affirme avoir investi pour moderniser la plateforme et développer de nouveaux services, notamment avec l’IA. Ces efforts n’ont pas inversé la tendance.
C’est un scénario que j’observe sur d’autres marchés : quand une plateforme perd à la fois du trafic organique et des clients actifs sur une décennie, le redressement demande une rupture de modèle, pas une mise à jour. La fermeture devient presque inévitable si le repreneur ne peut pas changer les fondamentaux du business. C’est exactement le type d’analyse que je mène dans mon agence AskOptimize sur les stratégies de croissance e-commerce.
Ce que ça change pour l’écosystème e-commerce français
La disparition de la marketplace Rakuten France n’est pas qu’un fait divers corporate. Elle illustre une tendance structurelle : les places de marché généralistes de taille moyenne françaises peinent à survivre entre Amazon (volume et logistique) et les marketplaces asiatiques (prix imbattables).
Philippe Corrot, PDG et cofondateur de Mirakl, cité par Le Figaro, résume l’enjeu : « C’est triste pour notre commerce français. Si on laisse nos sites disparaître, on accélère la décommercialisation de la France. »
Paul Midy, député connu pour son investissement dans l’écosystème French Tech, a pris position publiquement : « Entre une fermeture et une cession de Rakuten France, je soutiens évidemment l’option d’une reprise par Pixmania, qui offre une perspective concrète de sauvegarde de l’emploi. »
Pixmania appelle désormais les pouvoirs publics à examiner les conditions dans lesquelles les offres ont été évaluées.
Cette fermeture arrive dans un contexte où les startups françaises restent actives en levée de fonds. L’IA a rafflé 64 % des 113 M€ levés la semaine du 11 juillet, ce qui illustre le décalage entre les secteurs en croissance et ceux en difficulté structurelle comme le e-commerce généraliste.
Mon avis
Pour moi, le vrai problème ici n’est pas Rakuten. C’est que le modèle marketplace généraliste en France n’a pas trouvé sa différenciation face à Amazon et aux plateformes asiatiques. Pixmania a peut-être une offre viable sur les produits électroniques, mais le pari d’absorber une plateforme en déclin de 42 % de trafic reste risqué. Le processus de cession mérite peut-être un examen judiciaire, comme le suggère Pixmania. Mais même si la bonne foi de Rakuten était établie, je ne suis pas convaincu que la reprise aurait changé le fond du problème.
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FAQ
Qu’est-ce que la marketplace Rakuten France qui va fermer ?
C’est l’ancienne plateforme PriceMinister, pionnier français du e-commerce fondé par Pierre Kosciusko-Morizet. Rakuten l’avait rachetée en 2010. Elle emploie environ 180 salariés et sera fermée d’ici fin 2026. Cette fermeture ne concerne pas les autres activités de Rakuten en France (publicité, streaming, télécommunications).
Pourquoi Rakuten a-t-il refusé les offres de reprise ?
Rakuten affirme avoir évalué les deux offres selon trois critères : préservation des emplois, conditions financières et risques associés, capacité à assurer la pérennité à long terme. La direction estime qu’aucune des deux propositions ne remplissait l’ensemble de ces critères.
Qu’est-ce que la loi Florange impose à Rakuten ?
La loi Florange oblige toute entreprise qui ferme un site entraînant des licenciements à rechercher activement un repreneur, examiner sérieusement les offres reçues et motiver sa réponse. Elle n’impose pas d’accepter une offre, mais rend obligatoire la démarche de recherche de cession.
Pixmania peut-il attaquer Rakuten en justice ?
Pixmania étudie la possibilité d’invoquer une rupture fautive des pourparlers. Aucune action en justice n’a été engagée à ce stade. Tout dépendra de la capacité à démontrer que les négociations ont été menées de mauvaise foi.
Pourquoi la marketplace Rakuten France était-elle en difficulté ?
Selon la direction, le nombre de clients a baissé de 33 % en dix ans et le trafic de 42 % sur la même période. La plateforme a subi la concurrence d’Amazon, puis la montée d’AliExpress, Temu et Shein, sans trouver de différenciation suffisante pour résister.



